Un Pérou à deux visages – 2e partie

Face : la division. Lorsqu’on le croise dans la rue, Juan Pablo a le type occidental, peau claire, look urbain. Pourtant, il est né à Lima et là-bas, un certain clivage se fait ressentir : « c’est plus l’esprit occidental, espagnol, que l’on y trouve. Il s’ est développé un racisme entre ceux qui sont appelés indigènes (natifs du Pérou) et les métis« , explique le jeune homme. Lui a d’ailleurs décidé de quitter la capitale pour venir s’ installer dans la vallée sacrée et vivre d’une manière « plus traditionnelle », selon ses dires. Il a pour projet d’ouvrir, avec une amie qui a quitté Lima également, un centre de soins par les plantes. « Les indigènes vivent de leur culture, leur savoir, parfois même encore de troc et dans les villes occidentalisées du pays, c’est mal vu« , continue Juan  Pablo.

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Cusco rayonne dans sa province, où se trouve la vallée sacrée

Dans les communautés montagnardes, on aura pu constater l’utilisation usuelle des plantes médicinales,  ou encore de la culture des terres à l’ancienne (les engins agricoles étant trop imposants pour être acheminés dans les montagnes). Dans ces communautés, l’électricité mais pas ou peu d’eau chaude. Pour se déplacer ? A pied, principalement. « Quand j’étais petit, je rejoignais Cusco à pied pour aller à l’école primaire et secondaire, parce qu’il n’y en avait pas à Patabamba. Ça me faisait six heures de marche aller-retour« , nous raconte Rosalio, âgé d’une quarantaine d’années. Aujourd’hui Patabamba a sa propre école primaire. Pour le secondaire, Cusco reste la ville la plus proche.
Pour Rosalio, devenu guide dans les montagnes entourant son village, les descriptions de ce qui nous entoure sont révélatrices : « regardez, la rivière sacrée traverse la vallée de Pisac jusqu’à Ollantaytambo. On peut aussi voir quelques montagnes sacrées comme la Veronica (aussi appelée Wakaywilka) et son sommet enneigé« . Sacré. Encore aujourd’hui ces milieux naturels sont vus avec autant de révérence qu’autrefois dans ces petits villages. Agriculteurs ou tisserands remercient la montagne, la terre, Pachamama, avant de se mettre au travail.
Un passé encore douloureux
Dans les petites communautés péruviennes, la langue principale demeure le Quechua, ancien langage du pays avant l’arrivée des espagnols. « Mais les gens des communautés ont honte de parler Quechua dans les grandes villes, a pu constater Kali, originaire d’Ollantaytambo dans la vallée sacrée,  les citadins se moquent d’eux, de leurs vêtements, de leur façon d’être…« .  Selon le jeune homme, cela peut parfois atteindre un stade tel que certains décident de mettre de côté leurs origines et leurs savoirs pour s’intégrer au fonctionnement de la ville. « Ils perdent leur identité« , regrette-t-il. « Lima est la ville au Pérou où il y a le plus de personnes qui parlent Quechua, c’est une ville d’immigrants« , tempère néanmoins Bruno, qui y a vécu neuf ans. Il souligne tout de même qu’ils restent une minorité face à l’immensité de la ville. « Le côté occidental n’est pas le pire côté de Lima, par contre, c’est une ville très pauvre. A Lima on ne peut pas simplement cultiver la terre comme à Cusco pour avoir à manger : c’est un désert.« , raconte le jeune homme. Le choc des cultures y est particulièrement fort.

Dans la région de Cusco, la proximité avec la vallée sacrée et son caractère particulier semble atténuer un tantinet ce clivage. Entre grande ville et communautés demeure tout de même deux manières de vivre. Mais quand on en vient à parler de l’arrivée des espagnols, les mêmes mots viennent à la bouche des natifs des anciennes tribus andines : « destruyir », « matar ». Une rancœur transparaît dans la voix, malgré les années qui se sont écoulées. Le processus des colons de prendre des pierres sur les lieux incas sacrés pour construire leurs églises n’a pas non plus été oublié. « Nous avons tous eu les mêmes cours d’histoire à l’école,  explique Juan Pablo, certains sont plus affectés que d’autres ».
« Il existe un clivage dans notre pays,  reconnaît Kali, et c’est mauvais. » L’identité du pays a été perturbée par la colonisation, et oscille aujourd’hui entre tradition et occidentalisation. « On ne peut pas choisir entre l’un ou l’autre« , conclut le péruvien. « C’est un problème beaucoup plus complexe que ça« , estime de son côté Bruno, qui a préféré quitter Lima pour le calme de Cusco. Si deux manières de vivre entrent effectivement en collision au Pérou, pour Bruno, il s’agit plutôt de trouver un équilibre. A défaut de partir dans un extrême ou un autre, certains arrivent à trouver une balance. « Si je me sens mal, je prends des herbes médicinales, si je suis vraiment malade, je prends des médicaments« , explique Jasem, qui habite Cusco. Un exemple simple, mais parlant. Évoluer sans oublier en somme.

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