Une famille hindoue à Pushkar

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Pushkar, la ville créée par une fleur de lotus lancée par la main du dieu créateur Brahma. Son nom en est d’ailleurs la preuve : « push », hindi pour « fleur » et « kar » qui signifie « main ». Il est dit qu’un jour, voyant que Vishnu et Shiva avait chacun un lieu qui leur était dédié, Brahma décida qu’il lui en fallait un également. Shiva lui donna alors une fleur de lotus en lui disant qu’il ira là où la fleur tombera pour construire sa ville. C’est ainsi que la fleur, lancée par Brahma, créa le lac de Pushkar. Une autre légende raconte que la fleur serait en réalité tombée trois fois, créant ainsi trois lacs séparés de seulement quelques kilomètres. De cette origine en résulte le caractère sacrée de la ville, plaque tournante de pèlerinage hindou. Son attractivité résulte également du fait que Pushkar est la seule ville au monde où l’on peut trouver un temple dédié à Brahma, dieu créateur hindou. Certains arguent qu’il en existe d’autres, mais à Pushkar on nous affirme haut et fort que non.
Tolly habite à Pushkar. Comme la plupart des hindous,  il vit avec toute sa famille mais aussi sa mère et la famille de son frère,  Polly. Ils font partis de la caste des Brahmin (la plus haute caste hindou, seuls ses membres peuvent devenir prêtres,  mais tous ne le sont pas) et respecte au plus haut point le lac de la ville. Si Tolly se dit plus volontiers « businessman », cela ne l’empêche pas de suivre tous les matins le chemin spirituel qui fait le tour du lac, aux côtés de sa femme Pinky et de Siddhi, leur fille aînée. 52 ghats -ces espèces d’escaliers qui permettent d’accéder à la berge du lac- entourent le lac, ainsi que 1 000 temples. Devant chaque autel, un geste est fait, puis le chemin continue pour Tolly et sa famille. Beaucoup plus pieux, Polly préfère marcher pieds nus le long des ghats tous les soirs. Le parcours débute par le temple de Brahma, lieu de visite et non de prière. Les raisons de cette étrangeté divergent.

Un amour inapproprié ou une dispute conjugale
Brahma se serait épris d’une déesse qu’il avait engendrée : Gayatri. Pour pouvoir garder un oeil sur elle, il se fit pousser quatre nouvelles têtes.  Shiva, outré qu’un dieu puisse tomber amoureux de sa propre création,  coupa la plus haute des cinq têtes de Brahma et déclara qu’on ne lui rendrait plus jamais de culte.
Mais pour Polly, si les protagonistes sont presque les mêmes,  l’explication est différente : « Brahma devait accomplir une cérémonie au bord du lac et chaque cérémonie se réalise en présence de l’épouse. Il envoya un de ses fils quérir Savitri, qui se trouvait alors sur la planète de Brahma. Mais comme chaque dispute vient par l’entremise des hommes, le fils dit à sa mère de prendre son temps et revint vers son père en expliquant que Savitri ne souhaitait pas venir. Fâché d’un tel affront, il envoya ses gardes récupérer la première femme qu’ils trouvaient. Il s’ agissait d’une fermière de Pushkar. Mais les autres dieux lui firent remarquer qu’elle n’était pas sacrée, il ne pouvait donc pas la prendre pour épouse. Brahma fit alors appel à « Gay » (vache en hindi, animal le plus sacré de l’hindouisme) et le fit avaler la fermière. Lorsque celle-ci ressortie, elle était désormais sacrée et fut appelée Gayatri. Il commença alors la cérémonie à ses côtés. De la planète, Savitri entendit le son de la cérémonie et fut intriguée : comment son époux pouvait-il l’accomplir sans elle ? Lorsqu’elle découvrit ce qu’il avait fait, elle déclara qu’il avait brisé la règle de la société qu’il avait créée. Elle maudit son temple et déclara qu’il n’aurait pas d’autres lieux de cultes. Lorsque Brahma souligna qu’il n’aurait plus aucune importance si elle faisait cela, Savitri décida que les gens viendraient faire leurs prières à Brahma auprès du lac qu’il avait créé ». Ainsi, si un hindou souhaite demander quelque chose à Brahma à travers les mantras d’une prière, il le fera au lac de Pushkar.
De manière plus pragmatique, les historiens et archéologues pensent plutôt que dans l’esprit des hindous, Brahma avait accompli sa tâche de création. Nul besoin donc, de continuer à l’honorer. Polly nous a d’ailleurs confié une définition originale du mot anglais GOD « G pour géniteur, O pour organisateur and D pour destructeur« , en clair le mot GOD représente la trinité hindoue : Brahma, Vishnu et Shiva.

Des offrandes pour accomplir sa prière
La prière hindou se compose de plusieurs mantras. A Pushkar, il faut s’adresser à Brahma via le lac. Lui demander bonne fortune,  la santé,  etc… mais pour ce faire, des offrandes s’imposent. « Le riz sert à ce que la famille ne manque pas de nourriture, la noix de coco sera pour celles qui veulent un enfant« , explique Tolly. Dans le temple et aux abords du lac, des assiettes sont mises à disposition des pèlerins. Elles se composent de pétales de fleur, de grains de riz, de sucre, de poudres de couleurs rouge et orange, du fil et d’une noix de coco.

imageLa prière commence en se lavant les mains dans les eaux du lac. Ensuite, il faut se toucher les yeux « pour bien voir », le front « pour bien penser » et enfin le coeur « pour bien faire », explique Polly. Les mantras s’adressent au lac de Pushkar et à chaque demande, une offrande est faite : le riz pour ne jamais avoir à souffrir de la faim, le sucre pour apporter de la douceur dans notre vie, la poudre rouge pour la prospérité,  l’orange pour la santé et les fleurs pour la chance. Le fil, quant à lui, est noué autour du poignet droit (gauche si la femme est mariée) et promet que toutes les femmes de la famille auront toujours des vêtements à se mettre sur le dos. Si la personne le souhaite, elle peut également prier pour la résolution des problèmes d’une personne qui lui est proche.
Les offrandes sont lancées au fur et à mesure dans le bassin du ghat relié au lac. Le reste est emporté dans le noir des eaux profondes allant -qui sait- trouver l’oreille bienveillante de Brahma.

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